La plupart des voyageurs ne voient Quy Nhon qu'à travers la vitre d'un bus de nuit, quelque part entre Hoi An et Nha Trang. Dommage. Cette ville de la côte centrale a une plage de plusieurs kilomètres, des criques turquoise à quelques dizaines de minutes de route, un centre de recherche en physique où sont passés des prix Nobel… et une ancienne léproserie qui est sans doute le village le plus attachant du pays. Oui, tout ça au même endroit.

Quy Nhon, c'est où exactement ?
À peu près au milieu du Vietnam, sur la côte, à 300 km au sud de Hoi An. Pour se situer : plus près de Nha Trang que de Da Nang.
Petite subtilité qui risque de vous embrouiller sur Google Maps : en 2025, le Vietnam a fusionné une bonne partie de ses provinces. Binh Dinh, la province de Quy Nhon, a été rattachée à Gia Lai, sur les hauts plateaux, et Quy Nhon en est devenue la capitale. Beaucoup de sites parlent encore de Binh Dinh. Les panneaux, eux, commencent à changer.
Pourquoi les étrangers n'y vont pas ? Surtout par habitude. Quy Nhon, c'est la plage des Vietnamiens. On y vient de Saïgon ou de Hanoï pour le week-end, on y parle peu anglais et il n'y a pas de bar à backpackers à chaque coin de rue. Ça ne va pas durer : Lonely Planet l'a mise dans sa liste Best in Travel 2026, et les chantiers d'hôtels se multiplient le long de la côte.
Que faire à Quy Nhon : ce que les guides ne racontent pas
Des prix Nobel au bord de la plage
Commençons par le plus improbable. Dans une petite vallée au sud de la ville, face à la mer, se trouve l'ICISE, un centre international de recherche scientifique. On le doit à Jean Trần Thanh Vân, un physicien franco-vietnamien qui avait lancé dans les années 1960 les Rencontres de Moriond, des colloques de physique organisés en pleine montagne, dans les Alpes. Son idée : faire la même chose dans son pays natal.
Le centre a été inauguré en août 2013 devant cinq prix Nobel de physique. Depuis, des chercheurs du monde entier viennent y parler de neutrinos et d'astrophysique pendant que les pêcheurs rentrent au port un peu plus bas. Ce n'est pas un musée, mais le bâtiment vaut un coup d'œil en passant.
Quy Hoa, la léproserie devenue village de carte postale
Dit comme ça, ça refroidit. Pourtant, c'est l'un des endroits les plus touchants de la région. La léproserie de Quy Hoa a été fondée en 1929 par des religieuses françaises, au bord d'une plage. Aujourd'hui, c'est surtout un petit village : maisons pastel, une église, du linge qui sèche, des gamins à vélo. Quelques anciens malades y vivent toujours avec leurs familles.
Le poète qui fait encore pleurer le Vietnam
Hàn Mặc Tử, c'est un peu le Rimbaud local : génial, tourmenté, parti beaucoup trop tôt. Malade de la lèpre, il a fini ses jours à Quy Hoa en 1940. Il avait 28 ans. Sa tombe se trouve dans le parc de Ghềnh Ráng, sur la colline, et les couples vietnamiens y montent un peu comme on va sur la tombe de Jim Morrison à Paris. Avec plus de selfies.
En redescendant, faites un détour par la plage de la Reine. Avec ses gros galets ronds, elle n'est pas faite pour nager, mais elle est parfaite en fin de journée.
Ky Co et Eo Gió, le duo de la péninsule
C'est la photo que vous verrez partout : une crique d'eau turquoise coincée entre deux falaises. Ky Co se trouve à environ 25 km au nord, sur la péninsule de Phương Mai. Le plus sympa est d'y aller en bateau depuis Nhơn Lý, un village de pêcheurs où flottent encore les bateaux-paniers. Ce sont ces coques rondes en bambou tressé que les pêcheurs manœuvrent avec une seule rame.
Évitez les week-ends d'été, la crique est noire de monde. Et nagez prudemment : il n'y a pas de surveillant de baignade, et le courant peut surprendre.
Eo Gió, la « gorge du vent », est juste à côté. Un sentier longe les falaises au-dessus de l'eau. Allez-y tôt : dès 9 h, il n'y a plus d'ombre et le soleil tape fort. Le programme classique des locaux, c'est Eo Gió au lever du soleil, Ky Co dans la matinée, puis un déjeuner de fruits de mer à Nhơn Lý.
Des tours cham au milieu des immeubles
On l'oublie souvent, mais la région était le cœur de Vijaya, une ancienne capitale du royaume cham. Il en reste des tours en brique rouge. Les plus faciles d'accès, celles de Tháp Đôi, sont carrément en ville, entre deux rues. Celles de Bánh Ít, à une vingtaine de kilomètres, sont perchées sur une colline au-dessus des rizières. Elles valent la balade.

Le pays où les filles manient le bâton
Une vieille chanson populaire le dit : à Binh Dinh, les jeunes filles pratiquent les arts martiaux. La région est considérée comme le berceau du võ cổ truyền, l'art martial traditionnel vietnamien. C'est aussi d'ici que sont partis les frères Tây Sơn, qui ont renversé l'ordre établi au XVIIIe siècle. Si vous avez une demi-journée de plus, le musée Quang Trung, dans l'arrière-pays, organise parfois des démonstrations.
Que manger à Quy Nhon
Ici, c'est la mer qui décide du menu. Quatre plats à ne pas rater :
- Le bánh xèo tôm nhảy, une petite crêpe croustillante aux « crevettes sauteuses ». Elles sont si fraîches qu'elles frétillent encore au marché. On roule le tout dans une galette de riz avec des herbes.
- Le bún chả cá, une soupe de vermicelles aux galettes de poisson. C'est le petit-déjeuner d'ici.
- Le nem chợ Huyện, du porc fermenté un peu acide, servi dans des feuilles. On adore ou on déteste, pas d'entre-deux.
- Le bánh ít lá gai, un gâteau de riz gluant tout noir. Parfait à rapporter en cadeau.
Côté budget, votre porte-monnaie va respirer : dans une cantine locale, un bol de soupe coûte nettement moins cher qu'un café à Lausanne.

Aller à Quy Nhon depuis la Suisse
Pas de vol direct, évidemment. Le schéma classique : départ de Genève ou de Zurich, une escale dans le Golfe, à Istanbul ou en Asie, arrivée à Hô Chi Minh-Ville ou à Hanoï, puis un vol intérieur jusqu'à Phù Cát. L'aéroport est à 36 km de la ville, il faudra donc prendre un taxi. Si vous avez le temps, le train de la Réunification est une jolie alternative : il s'arrête à Diêu Trì, à quelques kilomètres du centre.
Pour les papiers, bonne nouvelle. Avec un passeport suisse, pas besoin de visa pour un séjour touristique de 45 jours maximum, et ce jusqu'au 14 août 2028. Le passeport doit simplement être valable encore six mois après votre entrée.
Le moment du voyage compte davantage. La bonne saison va en gros de mars à août, quand la mer est calme et l'eau de Ky Co la plus claire. L'automne, c'est une autre histoire : grosses pluies, parfois des typhons. Les vacances d'octobre ne sont donc pas idéales pour cette partie de la côte. Pour choisir la bonne région selon le mois, on a tout détaillé dans notre article quand partir au Vietnam.
Deux à trois jours suffisent pour en profiter. Sur place, oubliez la marche : la ville est très étalée. Les applis de VTC marchent bien en ville, et pour la péninsule, une voiture avec chauffeur à la journée évite bien des soucis. Le scooter, seulement si vous êtes à l'aise : la route côtière enchaîne les virages et les camions.

Questions fréquentes sur Quy Nhon
Quy Nhon vaut-elle le détour ? Si vous aimez les plages sans foule et les villes où l'on croise plus de locaux que de touristes, oui. Si vous cherchez la fête et les rooftops, Da Nang ou Nha Trang vous conviendront mieux.
Quy Nhon ou Nha Trang ? Nha Trang a plus de bars, plus de tours et plus de béton. Quy Nhon est plus calme, plus locale, et ses criques sont plus sauvages.
Peut-on se baigner à Ky Co ? Oui, mais sans surveillant de baignade, et le courant peut être fort. On reste près du bord, surtout quand il y a de la houle.
Peut-on visiter le village de Quy Hoa ? Oui. Des gens y vivent : on s'y promène discrètement et on demande avant de prendre quelqu'un en photo.
Faut-il un visa pour Quy Nhon quand on est Suisse ? Non, pour un séjour touristique de 45 jours maximum. Au-delà, ou pour un voyage professionnel, il faut un e-visa.

Alors, on y va ?
Quy Nhon n'est pas la destination la plus pratique du Vietnam, ni la plus spectaculaire au premier coup d'œil. Mais c'est probablement celle que vous raconterez le plus au retour, ne serait-ce que pour l'histoire du village aux bustes de Pasteur. Et vu le nombre de grues sur le front de mer, autant ne pas attendre dix ans.
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Repérer Quy Nhon sur une carte, c'est une chose. L'intégrer dans un itinéraire cohérent en est une autre : il faut trouver les bons vols intérieurs, viser la bonne saison sur la côte centrale et garder un rythme qui vous laisse le temps d'en profiter. C'est là qu'un accompagnement sur mesure fait toute la différence.
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